7 min de lecture20 questions, en réponses courtes
On ne compte plus les disputes, ni les interpellations pénibles à la fin de la prière à la mosquée. La cacophonie des pratiques n'aidant pas, les différentes règles de la prière en groupe sont sujettes à l'incompréhension, avec pour arrière-plan une ignorance massive. Cette conflictualité mine les liens entre fidèles et nuit à la sérénité recherchée dans nos lieux de culte.
C'est pourquoi nous exposons ici 20 questions révélant des statuts légaux souvent méconnus, allant parfois à l'encontre des discours les plus répandus. Le cadre est celui de l'avis retenu (mashhūr) dans l'école mālikite ; toutefois, l'article s'adresse à tout musulman soucieux d'élargir ses connaissances, qu'il soit mālikite ou qu'il souhaite développer une éthique de la divergence.
A. Ce qui concerne spécifiquement l'imam
Dans un groupe, qui est le plus en droit d'être pris pour imam ?
C'est au plus savant dans la charīʿa que revient la primauté, car on a avant tout besoin des connaissances relatives à la prière. En second vient celui qui maîtrise le mieux le Coran, c'est-à-dire la bonne prononciation, et non la quantité mémorisée comme on le croit souvent. Il est donc préférable d'avancer quelqu'un connaissant peu de sourates mais récitant correctement, plutôt que quelqu'un ayant tout mémorisé mais prononçant mal certaines lettres.
La prière derrière un enfant est-elle valide ?
Si un enfant non pubère dirige la prière obligatoire pour des adultes, la prière de ces derniers est invalide. S'il dirige d'autres enfants comme lui, elle est valide pour tous. Pour les prières surérogatoires, son imāmat est valide, bien qu'il soit déconseillé de l'avancer. Cependant, la pratique en vigueur (mā jarā bihi al-ʿamal), accréditée par les savants de l'école, tolère que les enfants s'avancent pour les tarāwīḥ, et ce depuis des siècles au Maghreb comme en Ifrīqiya.
La prière derrière une femme est-elle valide ?
Dans l'école, l'imāmat d'une femme est invalide de façon absolue : qu'il s'agisse de prières obligatoires ou surérogatoires, et qu'elle dirige des femmes ou des hommes.
À quoi reconnaît-on un imam qui connaît son fiqh ?
Les ouvrages mālikites mentionnent plusieurs signes : qu'il laisse le temps aux fidèles de former les rangs ; qu'il ne prolonge ni le takbīr d'entrée (« Allāhu akbar ») ni la salutation finale (« as-salāmu ʿalaykum »), afin que les fidèles ne les prononcent pas en même temps que lui ou avant lui ; et qu'il raccourcisse l'assise intermédiaire du tashahhud.
Un ma-mūm peut-il être pris pour imam ?
On ne peut prendre pour imam un ma-mūm (personne dirigée par l'imam), même s'il s'agit d'un retardataire terminant seul sa prière après le salām de l'imam : car même seul, il conserve le statut de la prière en groupe.
B. Le lien entre l'imam et le fidèle (ma-mūm)
À partir de quand obtient-on le mérite de la prière en groupe (jamāʿa) ?
Dès lors qu'on a validé au moins une unité avec l'imam : c'est-à-dire être entré en inclinaison avant que l'imam ne se soit totalement relevé du rukūʿ de la dernière unité, avec un instant d'immobilité (tuma-nīna). Conséquence : l'imam prend en charge les oublis du fidèle nécessitant réparation survenus pendant qu'ils prient ensemble, et le fidèle obtient la récompense de la jamāʿa.
Se placer devant l'imam invalide-t-il la prière ?
C'est déconseillé (makrūh), mais la prière reste valide, et s'il s'agit d'une contrainte (manque de place), il n'y a même plus de karāha. On demande à l'imam de s'avancer, ne serait-ce que d'un demi-pied. S'il n'y a qu'un seul fidèle, il se place à la droite de l'imam ; à partir de deux, ils se mettent derrière lui.
Peut-on former un autre groupe après l'imam de la mosquée ?
Une fois la prière en groupe accomplie avec l'imam, il est interdit à des retardataires de refaire cette prière en groupe. C'est un droit à l'égard de l'imam : autoriser d'autres groupes après lui pourrait faciliter les séditions au sein de la mosquée.
Quel est le statut de devancer l'imam dans les actes de la prière ?
En règle générale, le fidèle attend que l'imam ait fini chaque acte (parole ou geste) pour le suivre. Le devancer est interdit mais n'invalide pas la prière ; le faire en même temps que lui est déconseillé. En revanche, pour le takbīr d'al-iḥrām et le taslīm final : commencer avant l'imam ou en même temps invalide la prière ; de même si l'on commence après lui mais qu'on termine la formule avant lui.
Peut-on viser une prière différente de celle de l'imam ?
On demande que la prière visée par le fidèle et par l'imam soit la même. On ne prie pas le ẓuhr derrière quelqu'un qui prie le ʿaṣr. Celui qui prie une obligatoire ne peut suivre un imam qui prie une surérogatoire : sa prière serait invalide. L'inverse, prier une surérogatoire derrière un imam qui prie une obligatoire, est déconseillé, bien que valide.
C. Ce qui concerne les fidèles entre eux
Doit-on à tout prix joindre ses pieds en prière ?
Se mettre pieds joints, ou chercher à coller les pieds de son voisin, est déconseillé (makrūh) : car cela détourne du recueillement exigé en prière.
Peut-on passer entre les rangs de prière ?
Il n'y a aucune incidence à passer entre les rangs dans une prière collective, car la sutra du fidèle est celle de l'imam. On veillera toutefois à ne pas passer devant l'imam (voir la question suivante).
La sutra : dois-je à tout prix éviter de passer devant celui qui prie ?
Il est recommandé à qui prie seul, ou comme imam, de placer une sutra devant lui s'il craint que quelqu'un passe. Il est alors interdit à autrui de passer devant lui, sauf nécessité. Mais cette interdiction ne concerne que l'espace entre le prieur et son lieu de prosternation : il n'y a aucun préjudice à passer plus loin, qu'il y ait une sutra ou non. Nul besoin des grands détours que certains font. Dans tous les cas, passer devant le prieur n'invalide jamais la prière.
Que penser de ceux qui font trois salām à la fin de la prière ?
Le premier taslīm est un pilier de la prière. Il est sunna d'en faire un second, en regardant devant soi, pour répondre à l'imam ; et un troisième s'il y a un fidèle à sa gauche. Cela fait donc trois salutations. On en déduit que celui qui prie seul ne fait qu'un seul « as-salāmu ʿalaykum ».
D. Ce qui concerne le fidèle seul
Si le rang est complet, dois-je tirer quelqu'un vers moi pour ne pas prier seul ?
Il est permis de prier seul derrière un rang complet. Il est fortement déconseillé de tirer quelqu'un du rang pour qu'il recule vous rejoindre, comme d'accepter d'être ainsi tiré. En revanche, s'il reste de la place dans le rang et qu'on se met volontairement seul derrière, c'est déconseillé et l'on n'obtient pas le mérite de la jamāʿa.
Quel est le statut de la prière à la mosquée ?
La prière en groupe à la mosquée est une obligation collective dans chaque ville, et une forte recommandation (sunna mu-akkada) dans chaque mosquée. Dès lors qu'elle y a lieu, il est recommandé (mandūb) à chacun de s'y rendre. Et si l'imam désigné prie seul à la mosquée, on considère la sunna remplie.
Peut-on refaire en groupe une prière déjà accomplie seul ?
Il est recommandé, pour qui a déjà prié une obligatoire seul, de la refaire s'il trouve un groupe (au moins deux personnes) sur le point de la prier, sauf pour le maghrib, et sauf pour le ʿishāʾ si l'on a déjà prié le witr. En revanche, s'il l'avait déjà priée en groupe, il ne lui est pas permis de la refaire en groupe.
Derrière l'imam, dois-je réciter la Fātiḥa ?
Le fidèle garde le silence lorsque l'imam récite à voix haute (la Fātiḥa et la sourate qui suit). Lorsque l'imam récite à voix basse, il lui est recommandé de réciter à voix basse également. La récitation de la Fātiḥa n'est donc un pilier que pour l'imam et celui qui prie seul ; pour le fidèle derrière l'imam, elle est seulement recommandée.
Quel est le statut de dire « āmīn » après la récitation de l'imam ?
Une fois la Fātiḥa terminée, il est recommandé de dire, toujours à voix basse, « āmīn » : pour celui qui prie seul et pour le fidèle, ainsi que pour l'imam lors des récitations à voix basse seulement. Car lorsqu'il récite à voix haute, l'imam ne dit pas « āmīn » : seuls ceux qui prient derrière lui le disent.
Que dire en se relevant de l'inclinaison ?
Celui qui prie seul dit « samiʿa Llāhu li-man ḥamidah » suivi de « rabbanā wa laka-l-ḥamd ». L'imam ne dit que « samiʿa Llāhu li-man ḥamidah », tandis que le fidèle ne dit que « rabbanā wa laka-l-ḥamd ».
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