5 min de lecture
Le mercredi 12 août 2026, la France connaîtra un événement astronomique exceptionnel : une éclipse solaire quasi totale, avec un taux d’obscuration impressionnant oscillant entre 92 % et 98 % selon les régions (92,1 % à Paris, 93,8 % à Lyon, 96,3 % à Marseille et jusqu'à 97,8 % à Toulouse).
À l'approche de cet événement grandiose, de nombreux fidèles s’interrogent sur l’accomplissement de la prière de l'éclipse (Salât al-Kusûf). L'Institut Ihsan vous propose ce guide concis, basé sur la jurisprudence (fiqh) de l'école malikite, pour comprendre les règles de cette prière et, surtout, ses implications pratiques très spécifiques pour le 12 août prochain.
1. Statut et public de la prière de l’éclipse (Kusûf)
Dans l'école malikite, la prière pour une éclipse de soleil (Kusûf) revêt un caractère très solennel :
- Un statut de Sunna : Il s'agit d'une tradition hautement recommandée (Sunna).
- L’importance du groupe : S'il est permis de la prier individuellement, l'accomplir en groupe (jamâ'atan) à la mosquée ou dans un espace de prière en plein air (musallâ) est vivement recommandé (mandûb). Prier seul sans motif valable est considéré comme contraire à ce qui est préférable (khilâf al-awlâ), voire déconseillé (makrûh).
- Qui doit la prier ? Elle concerne tout le monde : résidents comme voyageurs (sauf si ces derniers sont pressés par leur voyage). Quant aux femmes, la recommandation est de la prier chez elles.
2. Comment se déroule cette prière unique ?
La prière de l'éclipse ne ressemble à aucune autre. Elle se distingue par une structure double : deux unités de prière (rak'a), mais avec quatre inclinaisons (rukû') et quatre stations debout (qiyâm) au total.
La structure d'une rak'a :
Chaque rak'a comporte deux moments de récitation et deux inclinaisons successives :
- L'entrée en prière : Il n'y a ni appel à la prière (adhân) ni second appel (iqâma). L'imam appelle simplement les fidèles par la formule : « Assalâtu jamâ‘atan » (La prière en groupe !).
- Première station debout & inclinaison : L'imam prononce le takbîr d'ihrâm, récite la sourate al-Fâtiha puis une très longue sourate (traditionnellement al-Baqara). Il s'incline ensuite pour un rukû' extrêmement long.
- Deuxième station debout & inclinaison : L'imam se redresse en disant « Sami‘a llâhu li-man hamidah ». Au lieu de se prosterner, il reste debout et récite à nouveau la Fâtiha, suivie d'une autre longue sourate (comme Âl ‘Imrân). Il s'incline une seconde fois de manière prolongée.
- Les prosternations : Il se redresse à nouveau, puis effectue deux prosternations (sujûd) très longues, équivalentes en durée à ses inclinaisons.
- Seconde rak'a : Il se relève et répète exactement le même schéma (récitation de la Fâtiha et d'une longue sourate comme an-Nisâ lors de la 3e station, inclinaison, puis Fâtiha et al-Mâ'ida lors de la 4e station, inclinaison, prosternations, tachahhud et salutation finale).
- Règle d'or juridique : La Fâtiha est obligatoire lors des 4 stations debout. De plus, le premier rukû' de chaque unité est une Sunna, tandis que le second rukû' est obligatoire (fard). Si un retardataire rejoint l'imam après que celui-ci s'est redressé du second rukû', il a manqué la rak'a entière.
Voix haute ou voix basse ?
L'avis notoire (machhûr) de l'école malikite est que la récitation se fait à voix basse (sirran), car cette prière ne comporte pas de prêche (khutba). Cependant, de grands savants de l'école (comme l'imam al-Lakhmî) ont opté pour la voix haute (jahran), arguant que cela a été rapporté du Prophète et que cela s'avère beaucoup moins lassant pour l'assemblée lors des très longues lectures. C'était notamment la pratique historique dans la grande mosquée de la Zaytûna.
La gestion du temps de lecture (Le Tatwîl)
L'allongement extrême de la récitation (tatwîl) est une pratique demandée si l'on prie seul. Pour un imam de mosquée, cela n'est recommandé que s'il est certain que cela ne va pas nuire aux fidèles derrière lui (fatigue, personnes âgées, malades). S'il a un doute, l'allongement devient déconseillé (makrûh), et s'il sait que cela va nuire à son assemblée, cela devient strictement interdit (harâm).
3. L'implication pratique cruciale pour le 12 août 2026 en France
C'est ici que le fiqh malikite démontre toute sa précision temporelle. L'école de l'imam Mâlik fixe une limite de temps extrêmement rigoureuse pour l'accomplissement de cette prière :
Son temps s’étend du moment de la licéité des prières surérogatoires (nawâfil) jusqu’au déclin du soleil (zawâl). Si l’éclipse a lieu après le zawâl, on ne la prie pas.
Le zawâl correspond au passage du soleil au méridien (le midi solaire, aux alentours de 13h45 à l'heure d'été en France).
Or, le mercredi 12 août 2026, l'éclipse se produira en fin de journée, très tard dans la soirée :
- Paris : Maximum de l'éclipse à 20h17.
- Lyon : Maximum de l'éclipse à 20h21.
- Marseille : Maximum de l'éclipse à 20h25.
- Toulouse : Maximum de l'éclipse à 20h26.
Puisque cette éclipse historique aura lieu bien après le zawâl (et à peine une heure avant le coucher du soleil), selon les règles strictes du fiqh malikite, AUCUNE prière de l'éclipse (Salât al-Kusûf) ne doit être organisée ou célébrée en France le 12 août 2026. A moins de suivre une autre opinion à ce sujet.
Conclusion : Que faire le soir du 12 août ?
Bien que le rite physique de la prière ne soit pas légiféré d’un point de vue malikite à cette heure tardive selon notre école, l'éclipse solaire demeure l'un des signes les plus impressionnants de la puissance et de la majesté d'Allah.
Nous encourageons donc l'ensemble des musulmans de France à profiter de ce moment unique pour :
- Contempler la beauté et la précision de la création divine (en veillant scrupuleusement à porter des lunettes de protection homologuées pour la sécurité oculaire).
- Multiplier les évocations (dhikr), les demandes de pardon (istighfâr) et les invocations (du‘â’) individuelles au moment où le soleil s'obscurcira à l'horizon Ouest.
- Que cette éclipse soit pour nous tous une occasion de réformer nos cœurs et de nous rapprocher du Créateur des cieux et de la terre.
Lire n’est pas étudier : une science se prend d’un enseignant, dans la durée. Voir le cursus.
Tous les articles