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Prier la fête (ʿīd) quand on ne peut pas rejoindre la mosquée

Empêché de rejoindre la grande prière de l'ʿīd, peut-on, voire doit-on, la prier chez soi ? Seul ou en groupe ? Avec un prêche ? Les réponses de l'école mālikite, sources à l'appui, puis le déroulé complet de la prière.

Fiqh · la prière de fête

4 min de lecture5 notes de référence

La prière d'al-ʿīd est une forte recommandation (sunna mu-akkada) qui concerne toute personne astreinte à la prière du vendredi : pubère, homme, non-voyageur, résidant à proximité de la ville. Dans l'école mālikite, cette sunna ne s'acquiert qu'en la priant avec l'imam.

Or, un contexte qui empêche la prière collective habituelle (confinement, empêchement) nous amène à poser trois questions :

  1. Peut-on, voire doit-on, tout de même la prier à domicile ?
  2. Peut-on la prier en groupe chez soi ?
  3. Peut-on y faire une khuṭba (prêche), comme d'ordinaire ?

En résumé : il est recommandé à qui ne peut assister à la prière de l'ʿīd avec l'imam de la prier chez lui, selon ses modalités (nombre de takbīrāt, deux unités à voix haute), seul ou en groupe au choix, mais sans prêche. Le temps s'étend de l'entrée de la ḍuḥā jusqu'au zawāl (entrée du ẓuhr).

1. Peut-on la prier à domicile ?

Dans l'école mālikite, ceux à qui il n'incombe pas, à titre de sunna, de se rendre à la prière de l'ʿīd (femmes, enfants, voyageurs), ainsi que ceux à qui cela incombe mais qui ont manqué la prière avec l'imam : il leur est recommandé (mandūb) de l'accomplir avant le zawāl.1

2. Peut-on la prier en groupe chez soi ?

Dardīr, dans le Sharḥ al-Kabīr sur le Mukhtaṣar de Khalīl, dit : « il leur est recommandé, individuellement (faḏḏan) ou en groupe (jamāʿatan) », ce qui semble permettre l'un comme l'autre. Mais Dusūqī commente : « on a pu dire : ils la prient individuellement uniquement, et on l'a considéré comme l'avis prépondérant ».2 Il y a donc, sur ce point, une divergence dans l'école.

Au sujet de cette divergence, Ibn Ḥamdūn, dans sa ḥāshiya sur Mayyāra, qui commente le matn d'Ibn ʿĀshir, indique que le plus authentique des deux avis est la permission de prier en groupe :3

« Il est recommandé (mustaḥabb) de l'accomplir pour qui l'a manquée avec l'imam. En groupe ou seul ? Deux avis. Le plus prépondérant (arjaḥ) est le premier, comme dit dans at-Ṭirāz. Et il n'y a pas de khuṭba, sans divergence, comme rapporté par al-Ḥaṭṭāb. Le ẓāhir est que celui qui l'a manquée est interdit de la prier en groupe à la mosquée ou dans la muṣallā. Ce qui l'indique est la parole d'Ibn Ḥabīb : celui qui a manqué l'ʿīd, il n'y a pas de mal à la faire en groupe avec les siens (nafar min ahlih). »

Ḥāshiya Ibn Ḥamdūn4

3. Peut-on y faire une khuṭba (prêche) ?

On trouve chez al-Ḥaṭṭāb, dans son commentaire de Khalīl, que le Qāḍī Sanad a tranché en faveur de la permission de la prier en groupe, en précisant catégoriquement : sans y faire de prêche.

« Il apparaît du propos de l'auteur d'at-Ṭirāz (Qāḍī Sanad) qu'il ait accordé la prévalence (tarjīḥ) à la permission de la faire en groupe […] et il ne procèdera pas au prêche, sans divergence. »

al-Ḥaṭṭāb5

L'essentiel des règles de la prière de l'ʿīd

Ce qui précède la prière (recommandations) :

  • La nuit qui précède le jour de l'ʿīd, il est bon de la vivifier en prières nocturnes et invocations.
  • Il est recommandé de faire le ghusl (grande ablution) avant de s'y rendre, de se parfumer (pour les hommes) et de porter des vêtements neufs (peu importe la couleur).
  • Pour l'ʿīd de fin de Ramadan spécifiquement, il est recommandé de manger un peu avant la prière, notamment des dattes.
  • En s'y rendant, on fait abondamment le takbīr jusqu'au début de la prière.

Les modalités de la prière elle-même :

Le temps commence à la ḍuḥā (soleil bien élevé) et s'étend jusqu'au zawāl ; une fois le ẓuhr entré, on ne peut plus l'accomplir. On n'y fait ni adhān ni iqāma. La prière est composée de deux unités, à voix haute.

Première unité, on prononce 7 takbīrāt (y compris le takbīr d'entrée en prière), puis on récite à voix haute la Fātiḥa suivie d'al-Aʿlā, d'al-Ghāshiya ou d'une sourate semblable.

Seconde unité, on prononce 6 takbīrāt (y compris le takbīr par lequel on se relève de la seconde prosternation de la première unité), puis on récite à voix haute la Fātiḥa suivie d'ash-Shams, d'al-Layl ou d'une sourate semblable. Pour le reste, ce sont deux unités classiques, jusqu'au salut final.

Notes et références

  1. Sharḥ al-Ṣaghīr, Dār al-Faḍīla, p. 661.
  2. Sharḥ al-Kabīr, al-Maktaba al-ʿAṣriyya, p. 284.
  3. Il faut mentionner que ʿIllīsh, dans son commentaire du Mukhtaṣar de Khalīl, accorde la prépondérance à la non-permission : « […] il lui est recommandé (mandūb) de la prier individuellement et non en groupe, selon l'avis prépondérant. » (Manḥ al-Jalīl de ʿIllīsh, p. 467).
  4. Ḥāshiya Ibn Ḥamdūn, Dār al-Rashād, p. 264.
  5. al-Ḥaṭṭāb, Dār al-Riḍwān, p. 198.

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صَلُّوا عَلَيْهِ وَسَلِّمُوا تَسْلِيمًاÔ vous qui avez la foi, priez sur lui et adressez-lui vos salutations.Coran · 33:56