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Avez-vous déjà remarqué à quel point il est facile de s'exprimer sur des sujets que l'on ne maîtrise pas du tout ? Dans la cour de récréation, dans les repas de famille ou, pire encore, dans les commentaires sur TikTok et Instagram, tout le monde semble aujourd'hui avoir un avis d'expert sur la théologie, la médecine ou l'astronomie. Ce phénomène de société, loin d'être nouveau, porte un nom scientifique moderne : l'effet Dunning-Kruger.
Qu'est-ce que "le pic de la stupidité" ?
L'effet Dunning-Kruger démontre que les personnes les moins qualifiées dans un domaine ont naturellement tendance à surestimer leurs compétences. Lorsqu'on commence à peine à apprendre une chose (par exemple, après avoir regardé deux ou trois courtes vidéos en ligne), on a l'impression d'avoir tout compris. On grimpe alors sur ce que les psychologues appellent avec humour « le pic de la stupidité ».
À l'inverse, plus on étudie sérieusement, plus on réalise l'immensité du savoir, et plus on devient humble. Comme le dit l'adage : « Plus je sais, et plus je sais que je ne sais pas ».
La tradition islamique a théorisé ce concept depuis des siècles en distinguant deux types d'ignorance :
- L'ignorance simple : C'est le fait de ne pas savoir, tout en ayant conscience de ses limites. C'est l'état du chercheur humble : « Je sais que je ne sais pas ». Ce sentiment de détestation de sa propre ignorance devient alors un formidable moteur de motivation pour s'instruire.
- L'ignorance complexe (ou double) : C'est le fait de ne pas savoir, mais de refuser de l'admettre. C'est l'illusion de la connaissance : « Je ne sais pas que je ne sais pas » (comme quelqu'un qui affirmerait avec certitude que 2 + 2 font 5). Poussé par l'orgueil, on nie ses propres lacunes devant les autres.
Le danger des apprentis charlatans
L'ignorance complexe est un poison. Pour soi-même, elle bloque toute progression et expose au péché de mentir sur la religion de Dieu et de Son Prophète. Le Prophète a dit à ce sujet :
Celui qui ment volontairement sur moi, qu'il prépare sa place en Enfer
Pour la société, elle sème le désordre. Lorsque les savants s'éteignent, les gens finissent par prendre des ignorants comme guides. Interrogés sur des questions complexes, ils répondent sans science, s'égarant eux-mêmes et égarant les autres.
La classe absolue : intégrer l'école du « Je ne sais pas » (Lâ adrî)
Pour contrer ce fléau, notre tradition nous enseigne l'art d'assumer humblement ses limites. C'est ce qu'on appelle la voie de la Lâ adriyya (l'école du « Je ne sais pas »).
L'un des plus grands savants de l'histoire, l'imam Mâlik, était connu pour prononcer abondamment la formule :
Lorsqu'on lui posait des dizaines de questions, il préférait s'abstenir au moindre doute. Cet art, il l'avait hérité de ses maîtres, car assumer son ignorance est une marque de haute responsabilité éthique, de maturité spirituelle et le préalable indispensable pour bâtir un savoir authentique sur des bases saines.
Pour nos jeunes. La prochaine fois que quelqu'un lance un débat houleux sur les réseaux sociaux, ne tombez pas dans le piège de la réaction rapide. Avoir le courage de dire "Je ne sais pas, je dois d'abord étudier la question", c'est faire preuve d'une maturité qui impose le respect, bien loin du bruit des "experts" autoproclamés du web.
Lire n’est pas étudier : une science se prend d’un enseignant, dans la durée. Voir le cursus.
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