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C’est le moment le plus attendu de la journée. Les minutes défilent, l'appel à la prière du coucher du soleil (Maghrib) approche, la table est chargée de mets délicieux, tous plus copieux les uns que les autres. Et dès que le signal est donné, c'est la ruée : on mange, on boit, on enchaîne les plats jusqu'à ne plus pouvoir respirer.
Mais à ce moment précis, une question s'impose : avons-nous réellement jeûné, ou avons-nous simplement décalé notre faim ?
Le phénomène du "retardateur de repas"
Beaucoup de jeûneurs tombent involontairement dans un piège de compensation. Ils s'abstiennent toute la journée pour finalement engloutir à la rupture tout ce qu'ils ont manqué.
Spirituellement, ils se comportent comme quelqu'un qui n'a fait que retarder le petit déjeuner, le déjeuner et le goûter pour les rassembler en un seul repas gigantesque au moment du dîner.
Parfois, on mange même plus en un seul repas d'Iftar que ce que l'on consomme habituellement en une journée complète !
Or, la finalité première du jeûne est de briser l'ego (Nafs) et de dompter nos désirs en ressentant la faim. Si nous gavons notre corps de manière immodérée dès la rupture, nous annulons cet effet éducatif. Au lieu d'apaiser l'âme, nous ne faisons qu'exciter et augmenter son appétit.
L'analogie du sevrage des écrans
Pour nous faire comprendre l'absurdité de cette surconsommation, l'enseignant de l'Institut Ihsan propose une comparaison très moderne :
C’est comme un enfant que l’on veut sevrer des écrans ou des jeux vidéo. On les lui interdit rigoureusement durant toute la semaine, mais arrivés au week-end, on le laisse jouer dessus pendant 20 heures d’affilée
Le résultat ? L'addiction n'est pas soignée, elle est simplement refoulée puis nourrie à l'excès. C'est exactement ce qui se passe lorsque nous suralimentons notre corps à l'Iftar après une journée de privation.
Retrouver la noblesse de la rupture
La tradition prophétique nous invite à une rupture légère et consciente. Rompre son jeûne avec quelques dattes et une gorgée d'eau, prendre le temps de prier le Maghrib, puis manger un repas raisonnable sans excès, voilà la clé pour préserver la légèreté du corps et la présence du cœur requise pour les prières de la nuit (Tarâwîh).
Pour nos jeunes. Le Ramadan n’est pas un festival de gastronomie nocturne. C'est un entraînement à l'auto-discipline. Ce soir, à la rupture, relevez un défi : mangez lentement, appréciez chaque bouchée avec gratitude, et arrêtez-vous avant d'avoir le ventre lourd. C'est à ce moment-là que vous goûterez à la véritable saveur spirituelle du jeûne.
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