6 min de lecture
Nombre d'entre nous se tournent vers l'apprentissage de la religion parce que nous faisons face au sentiment qu'une large part de la connaissance religieuse nous échappe. Depuis trente ans, les instituts en présentiel comme en e-learning dispensant des cursus en sciences islamiques ne cessent de se multiplier. Quel constat peut-on faire vis-à-vis de cet engouement pour le savoir religieux (ʿilm) ? En réalité, notre époque souffre d'un grand paradoxe : jamais les informations n'ont été aussi accessibles grâce à internet, et pourtant le niveau de connaissance religieuse n'a probablement jamais été aussi défaillant. Le problème, selon nous, ne réside pas dans le manque d'envie, ni même dans le manque de moyens. Plutôt, il s'agit d'un problème de méthode, d'un manque de repères didactiques. Nul besoin ainsi de nouveaux instituts : nous sommes en besoin de conseillers d'orientation du ʿilm.
Ce court article répond aux questions fondamentales de l'apprenant en sciences religieuses. Que dois-je étudier ? Et par où commencer ?
1. Apprendre sa religion : une obligation pour chacun
Tout d'abord, il convient d'avoir à l'esprit que cet apprentissage n'est pas l'affaire d'une élite : c'est une obligation individuelle qui nous concerne tous. Le Prophète Muhammad n'a-t-il pas dit : « La quête du savoir religieux est une obligation pour tout musulman » ?
Peut-on délimiter cette connaissance obligatoire pour tous ? À quoi la reconnaît-on ? En réalité, il existe un principe extrêmement clair, que les savants ont édicté il y a fort longtemps :
ولا يحلّ له أن يفعل فعلاً حتّى يعلم حكم الله فيه
« Il n'est pas permis à la personne responsable religieusement d'entreprendre un acte sans en connaître le statut auprès de Dieu. »
ويوقف الأمور حتّى يعلم | ما الله فيهنّ به قد حكم
« Et qu'il s'abstienne devant les affaires jusqu'à ce qu'il sache ce que Dieu a décrété à leur sujet. »
Ainsi, lorsque tu deviens pubère et acquiers la responsabilité religieuse (taklīf), il te devient obligatoire de prier : il t'incombe alors d'apprendre ce qui rend ta prière valide. Tu devras jeûner : il t'incombe de connaître ce qui rend ton jeûne valide et ce qui exige de toi une expiation. Puis tu comptes te marier : il t'incombe de connaître l'essentiel du contrat de mariage et les devoirs de la vie conjugale. Tu comptes ouvrir un commerce : tu te dois d'apprendre les formes de vente qui te sont prohibées. Et ainsi de suite. L'obligatoire en matière de science religieuse est donc un concept extensible, qui naît à la puberté et évolue au gré des situations dans lesquelles nous nous trouvons.
2. Le fondement, et le sens spirituel de ce principe
Ce principe trouve son origine dans la parole coranique :
فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِن كُنتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
« Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas. »
وَلَا تَقْفُ مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ ۚ إِنَّ السَّمْعَ وَالْبَصَرَ وَالْفُؤَادَ كُلُّ أُولَٰئِكَ كَانَ عَنْهُ مَسْئُولًا
« Et ne poursuis pas ce dont tu n'as aucune connaissance. L'ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé. »
Nul n'est censé ignorer la loi à laquelle il est astreint.
Au fond, c'est un principe éminemment spirituel. Car c'est en vertu de cela que le croyant, à chaque pas qu'il entreprend, s'interroge sur le jugement d'Allāh à son sujet : ce que je vais faire va-t-il satisfaire mon Seigneur, ou susciter Sa colère ? Le croyant est celui qui vit avec scrupule et avec le souci permanent de satisfaire Allāh dans tout ce qu'il entreprend.
3. Le Seuil Minimal Islamique de Connaissance (SMIC)
Il existe ce que nous pourrions appeler un Seuil Minimal Islamique de Connaissance (SMIC) : ce que les savants ont nommé ʿilm al-ḥāl (la science de l'instant) ou al-maʿlūm bi-ḍ-ḍarūra (les connaissances nécessaires). Mais de quoi cela est-il concrètement constitué ? Les savants ont identifié trois domaines fondamentaux, dont l'étude constitue une obligation individuelle :
La croyance (tawḥīd). Une science qui s'adresse à notre intellect : connaître qui est notre Créateur, à qui nous vouons un culte exclusif. On y étudie ce qu'il est nécessaire de croire au sujet d'Allāh, de Ses Messagers, et ce qui nous a été révélé de l'invisible (al-ghayb) : les anges, la résurrection, le jugement, le paradis, l'enfer.
La pratique (fiqh). Une science qui s'adresse à l'ensemble des membres du corps : comment adorer Allāh selon une méthode précise appelée « école » (madhhab). On y étudie les actes rituels, purification, prière, jeûne, zakāt, pèlerinage, mais aussi les relations : mariage, divorce, ventes, héritage.
La science du cœur (taṣawwuf). Elle s'adresse au cœur : connaître ses maladies et comprendre comment cheminer pour se faire aimer d'Allāh.
La mémorisation et la récitation correcte de la sourate al-Fātiḥa : la seule partie du Coran dont la récitation constitue un pilier de la prière quotidienne.
4. Les échelles d'apprentissage : à chaque niveau son livre
Les savants ont balisé les étapes de l'étude de chaque science : pour chacune, ils ont dressé une échelle d'apprentissage indiquant qu'à chaque niveau correspond un livre. L'apprenant n'a plus qu'à cheminer d'étape en étape, auprès de ses enseignants, pour acquérir avec méthode et sans difficulté ce qu'il lui incombe de maîtriser.
Pour le fiqh mālikite, l'échelle traditionnellement étudiée dès la puberté (9-12 ans) est la suivante :
- Mukhtaṣar al-Akhḍarī, les règles de la purification, de la prière et de sa réparation. Durée d'étude : de 6 mois à 1 an.
- Matn Ibn ʿĀshir, la purification, la prière, la zakāt, le jeûne et le pèlerinage. Durée : 1 an.
- La Risāla, tous les chapitres précédents, augmentés du mariage, des ventes, de l'héritage… Durée : 2 ans.
Et pour celles et ceux qui visent à approfondir et se spécialiser : le Mukhtaṣar de Khalīl, dernier ouvrage étudié et référence de l'école mālikite.
La leçon à tirer de tout cela ? Très tôt dans sa vie, le musulman est censé maîtriser un socle de connaissance religieuse, l'instruction de base. Le problème est qu'aujourd'hui la majeure partie de la communauté musulmane francophone méconnaît totalement ces ouvrages, pourtant références de l'enseignement islamique à travers le monde depuis des siècles. Beaucoup découvrent les sciences islamiques à l'âge adulte, ce qui peut conduire à bien des dégâts. Il importe de restaurer une culture commune de la transmission : des références claires, un cursus balisé pour tous. C'est pourquoi l'Institut Ihsan de Rouen a fait le choix, depuis sa création en 2015, de s'inscrire dans l'étude des ouvrages traditionnels (mutūn), afin de nous réconcilier avec ce patrimoine didactique exceptionnel.
5. Quoi étudier à l'Institut Ihsan ?
Pour celles et ceux qui prévoient de s'inscrire, nous conseillons de suivre les étapes suivantes :
1ʳᵉ année
- La croyance (niveau 1), à travers l'étude d'al-Farāʾid al-Ḥisān.
- Les règles de la pratique (niveau 1), à travers l'étude d'al-ʿAshmāwiyya.
- La vie du Prophète.
Et si tu ne sais pas lire l'arabe, ou que tu sais lire mais que ta récitation mérite d'être corrigée, alors ajoute dans ton panier : Réciter le Coran.
2ᵉ année
- La croyance (niveau 2), à travers l'étude des Muqaddimāt d'as-Sanūsī.
- Les règles de la pratique (niveau 2), à travers l'étude du Darūrī d'Ibn Juzay.
- Les fondements du droit, à travers l'étude d'Īsāl as-Sālik d'al-Wallātī.
- Les sciences du hadith, à travers l'étude d'al-Bayqūniyya.
- L'histoire des califes.
Et si tu ressens le besoin de poursuivre ton effort pour parachever ta maîtrise de la récitation coranique, ajoute Réciter le Coran.
3ᵉ année
- Les règles de la pratique (niveau 3), à travers l'étude du matn d'Ibn ʿĀshir, dans lequel se déversent la croyance, les fondements du droit, la pratique et la spiritualité.
Et si tu ressens le besoin de poursuivre ton effort pour parachever ta maîtrise de la récitation coranique, ajoute Réciter le Coran.
Ce programme permet d'avancer progressivement, sans brûler les étapes. Il est possible de l'intensifier ou de l'alléger selon la disponibilité et les capacités de l'apprenant.
Lire n’est pas étudier : une science se prend d’un enseignant, dans la durée. Voir le cursus.
Tous les articles